Artisan d’un jour – Jean-Luc Mesure sur les toits

LA SAS BAMBOU LES PIEDS SUR TERRE ET SUR LES TOITS

Mais où les entreprises familiales puisent-elles leur force ? C’est ce que va découvrir Jean-Luc Mesure, directeur de la Banque de France, installé en Périgord depuis un an, et qui a accepté de mettre un bleu de travail pour tester le métier de couvreur-zingueur dans la SAS BAMBOU à Terrasson.

Sur la route, il nous confie en souriant « j’ai le goût du risque ! Je suis très maladroit manuellement !  Cette opération de terrain organisée par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, avec qui nous entretenons des liens intéressants avec notre mission TPE,  m’offre l’occasion de sortir d’un travail parfois protocolaire. »

L’entreprise de couverture qui nous reçoit, Jean Luc Mesure a pris le temps de voir sa situation sur l’outil de diagnostic financier en ligne « OPALE » dédié aux entrepreneurs dont le chiffre d’affaires dépasse les 750 000 euros. Il va pouvoir se confronter à la réalité, aussi en matière de gestion et de projets de développement avec les co-dirigeants.

Des générations de couvreurs depuis plus de 150 ans

Dès notre arrivée, Caroline et Cédric Dufour nous reçoivent dans des locaux très modernes et ouverts ; les espaces sont bien étudiés, un  accueil/réception clients, une salle de réunion adjacente, un bureau, « le show room » sur deux étages offre d’entrée un panel de tous les matériaux, réalisations et signes de qualité ou récompenses ( RGE ; Amiante ; Qualibât ; Maître Artisan ; Artisan de l’Innovation 2016 …) Sur un panneau, une pub en forme de clin d’œil «  Ne laissez pas n’importe qui grimper sur votre toit ! » La hauteur plafond nous donne déjà un sentiment d’infini, comme si quelque part tout leur était possible…

Autour d’un café les échanges vont bon train et Caroline Bambou Dufour nous raconte comment les hommes de sa famille se sont transmis l’entreprise depuis 1840 avec le père fondateur Jacques Bambou. Puis ce fut Pierre, Léon, Jean, Gérard et son frère Serge… Ce dernier finira par fusionner, en 2008, avec l’entreprise de Cédric, installé alors  en Corrèze. « Mon père a été très heureux de le trouver, nous dit-elle, car lui comme ses collaborateurs étaient tous en âge de partir ensemble à la retraite…cela aurait pu être un problème. Cédric avait pour lui sa jeunesse et son savoir-faire, et une équipe de gars solide aussi ! »

« Et vous dans tout ça ? » l’interroge Jean Luc Mesure. « Moi j’avais fait une formation en immobilier, urbanisme et architecture, et c’est après que nous avons aussi « fusionné » avec Cédric! Depuis nous avons deux petits garçons…

Une stratégie vitale de recrutement

Nous allons progressivement entrer dans leur parcours, concept de vie professionnel et obstacles à surmonter. Une évidence apparaît : malgré un carnet de commande plein, ce qui est plutôt très bon signe en ces périodes économiques de frilosité, ils doivent faire face à une pénurie de main d’œuvre qualifiée. La problématique est bien réelle. Les mots qu’utilisent Caroline Dufour sont forts «  le secteur de la couverture est sinistré en matière de recrutement ! Il y a raréfaction de couvreurs qualifiés. Le niveau s’arrête au CAP et au BP. Seule l’Ecole Supérieure de couverture d’Angers, l’équivalent des Beaux Arts en couverture ardoise forme au haut de gamme, très spécialisée dans les Monuments historiques et la restauration du patrimoine. La formation de métreur en couverture n’existe pas, il faut avoir la chance d’être formés sur le tas.  Chaque année, nous prenons des jeunes en stage, mais leur niveau et parfois même leur comportement sont très alarmants pour la profession. Régulièrement, je fais passer des annonces sur internet, le Bon Coin, FR3 Limousin…je cherche par tous les moyens une vraie qualification, même parfois dans le milieu du rugby à Brive où nous sommes à présents avec mon mari » Elle nous fait d’ailleurs remarquer que beaucoup d’entreprises ferment, faute de trouver des bons repreneurs. D’où l’attention toute particulière qu’ils portent à la gestion des ressources humaines. Ils ont développé ensemble une culture d’entreprise et des valeurs pour que leurs salariés se sentent quelque part privilégiés. En plus d’eux, ils sont 11 en tout, et ils attendent bientôt deux nouvelles recrues, dont l’une vient du Nord de la France. Elle précise « Nous avons besoin de chacun d’eux. Nous investissons sur l’avenir. Nous n’avons aucune envie de les voir partir ! Pour les motiver, nous leur offrons quelques avantages, notamment sur les congés. En fait nous fermons une semaine tous les deux mois ! Ils ont 7 semaines de congés au lieu de 5 ! Nous avons amélioré la pratique « panier » du Bâtiment, le resto leur est payé tous les jours, une bonne mutuelle…» Son mari prend la relève pour expliquer la technicité  et les spécificités du métier. «  C’est aussi une des raisons pour nous de bien les équiper. Nous avons fait de gros investissements en machines, (élévateur, nacelle, camion grue) pour renforcer la sécurité et diminuer la pénibilité qu’il y a parfois sur les chantiers. »

A la pointe du progrès 

Tout en nous expliquant la situation, Cédric Dufour va nous présenter, avec beaucoup d’humilité, le procédé qu’il a inventé et qui lui a permis de recevoir le prix de l’innovation artisanale, dans la catégorie organisationnelle, décerné par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat en décembre dernier.  Jean Luc Mesure veut savoir ce qui l’a poussé à faire ces recherches  «  Etait-ce une difficulté précise de découpe ou de positionnement ? » Cédric Dufour « J’ai longuement réfléchi à comment faciliter la taille des tuiles à poser directement  sur les angles ou dans des endroits presque inaccessibles. Aujourd’hui, je fabrique dès la lecture du  plan les différentes étapes d’une couverture en atelier. Fallait y penser ! On gagne du temps. On peut avancer le travail même quand il y a des intempéries… Les gars sont à l’abri ! »  et Jean Luc Mesure de le féliciter « Cela me fait penser à un puzzle…c’est un peu comme si vous aviez industrialisé le processus !

Caroline Dufour peut fière de son mari, qui n’a pas encore dit son dernier mot. Son dossier suit à présent la voie régionale et sera mis en compétition avec des projets d’autres confrères artisans. De plus cette innovation a fait l’objet d’un dépôt de brevet financé par l’Agence de développement et d’innovation Nouvelle-Aquitaine et le réseau Innovez en Nouvelle-Aquitaine.  « Ce qui est une aide appréciable ! »dit-elle. Alors  pourquoi s’arrêter dans leur lancée, elle s’apprête à postuler pour obtenir le label « Entreprise du Patrimoine Vivant »qui est une marque de reconnaissance pour distinguer l’excellence des savoir-faire français. Le dossier va lui prendre du temps, mais elle sait que SAS BAMBOU a tous les atouts pour en faire partie.

Un marché étudié 120km à la ronde

Puis la discussion se porte ensuite les matériaux. Jean Luc Mesure questionne Cédric Dufour sur le pourcentage des travaux réalisés entre la tuile, l’ardoise, le zinc  en matière de CA, et s’il a des préférences ? « Sans hésitation l’artisan lui répond, « l’ardoise c’est la Roll Royce en couverture ! Mais j’avoue qu’aujourd’hui avec le zinc on fait de très jolies choses, même si c’est un matériau qui se travaille difficilement l’hiver. Le marché de la tuile est un travail plus courant en adéquation avec l’immobilier, chaque région a sa propre couleur, sa propre forme… »  Quant aux clients Caroline Dufour lui dresse une synthèse rapide : « 60% de notre CA sont réalisés par les particuliers. Nous travaillons en bonne intelligence avec les architectes pour le neuf comme pour la rénovation. Nous travaillons aussi pour les constructeurs. Nous avons des contrats d’entretien avec Dordogne Habitat et Corrèze Habitat, et des services publics. » C’est ce qu’on appelle savoir jongler pour se donner les moyens d’évoluer. Ils sont d’ailleurs peu  présents sur le marché de Périgueux, pour ne pas empiéter sur l’espace de leurs confrères et s’appliquent à rayonner partout ailleurs en Dordogne et Corrèze.

La toiture du Monastère orthodoxe de la Transfiguration

Bientôt, Jean Luc Mesure va se voir proposer de les suivre sur ce que Cédric Dufour avoue être « le projet de notre vie ». A deux kms, bien caché dans les bois, sur une petite colline aux environs de Terrasson, un Monastère orthodoxe est en cours de réalisation… C’est la SAS BAMBOU qui a le privilège et la responsabilité de faire toute la partie en ardoise des toitures, sauf le dôme réalisé en zinc, par un partenaire local ! Caroline et Cédric Dufour nous offrent une surprise de taille. Nous sommes conscients soudain des perles que nous réserve l’Artisanat… Comment imaginer un tel projet à deux pas des activités économiques du Terrassonnais ? Et pourtant une petite communauté orthodoxe existe depuis près de 20 ans : 6 sœurs et leur aumônier le Père Elie. Le lieu est magique, un peu hors du temps, le silence et le bêlement des moutons … Une chapelle  toute en bois et entièrement peinte à la main est actuellement ouverte aux pratiques mais semble être devenue beaucoup trop petite pour les 150 fidèles pratiquants, qui se réunissent notamment pour Pâques… D’où la commande passée à l’entreprise BAMBOU il y a trois ans. Nous l’aurons compris les travaux avancent doucement, en lien direct avec la générosité des donateurs … Jean Luc Mesure, casque sur la tête, va alors suivre Cédric et Caroline sur les toits pour mieux se rendre compte des travaux réalisés en hauteur. Pas question d’avoir le vertige pour faire l’apprentissage de la couverture ! Commence alors la leçon «  vous posez l’ardoise comme ça bien à plat ; vous mettez le crochet là ; vous prenez un clou, et vous tapez un coup sec bien droit ! » lui explique Cédric Dufour. Bilan de l’essai Jean Luc Mesure lui avoue « je ne m’en suis pas trop mal sorti, même si j’ai planté le premier clou de travers ! » Nous croisons l’équipe des charpentiers qui avancent sur une autre partie. Et il est temps de redescendre sur terre…

Un au revoir pas un adieu

Jean Luc Mesure  reviendra au mois de mai pour prendre plus de temps avec Caroline et Cédric Dufour sur la partie accompagnement, budget prévisionnel, diagnostic , présentation des divers scénarios d’aide à la décision et édition des documents avec comparatifs des concurrents de même taille ! « C’est un outil ultra puissant qui va vous surprendre ! »dira-t-il. Et ils pourront développer leur projet d’agrandissement des locaux qu’ils nous ont montré rapidement.

Sur le chemin du retour, il fait le bilan de cette rencontre insolite «  C’est un métier de calcul. Je ne l’imaginais pas ainsi… J’ai noté une belle fusion, une alchimie entre les dirigeants. Lui, le professionnel averti, elle la femme stratège. Chez eux, tout est réfléchi et en recherche permanente de nouveautés. Ce chantier qu’ils nous ont montré est un ouvrage d’art ! C’est vrai aussi que c’est courageux car il y a plein d’inconnu et pour la gestion ce ne doit pas être si évident… Une dernière chose, ça nous a tous permis de sortir de notre quotidien, on n’a pas eu envie de consulter nos messageries …

Avec ses 13 employés, Bambou est, à 177 ans, la plus ancienne entreprise familiale de couverture du secteur (1). Elle n’en est pas moins: elle a reçu le Prix de l’innovation artisanale de la Chambre de métiers et de l’artisanat de la Dordogne, en décembre 2016. Après sélection et étude des projets par un jury d’experts, le titre lui a été décerné dans la catégorie innovation organisationnelle. Cela récompense la création d’un procédé permettant de préfabriquer les étapes d’une couverture en atelier. Au même moment, cette innovation a fait l’objet d’un dépôt de brevet financé par l’Agence de développement et d’innovation Nouvelle-Aquitaine et le réseau Innovez en Nouvelle-Aquitaine.

Selon Caroline Dufour-Bambou, « cela transforme un peu le métier car il y a désormais un travail d’usine avant le chantier ». Le gain en temps (une toiture de 150 à 200 m2 peut être faite en une journée) et en sécurité est évident, donc en compétitivité.

www.entreprise-bambou.fr

 

Artisan d’un jour – Christophe Gravier apprenti sculpteur

LES OISEAUX EN BOIS : Souvent copiés, jamais égalés !

L’expérience « Artisan d’un jour » est, à présent, proposée à Christophe Gravier, le directeur du Comité départemental du Tourisme de la Dordogne, qui a pris ses fonctions en janvier 2012. Nous lui avons réservé une rencontre en Périgord Noir, à Marcillac Saint Quentin, chez un artisan d’art pas tout à fait comme les autres.

Tout Vent un refuge authentique

En effet, Eric Gérard est un sculpteur d’oiseaux en bois, qui a choisi d’exercer son métier, bien caché dans la nature, à l’image de ses magnifiques réalisations d’espèces qu’il affectionne tout particulièrement. Son atelier, attenant à sa maison au lieu dit  « Tout Vent », ressemble à une toute petite cabane dissimulée dans la forêt… Pour y arriver nous suivons un chemin de terre qui est aussi un chemin de rando ! Le ton est donné, nous pressentons que nous allons au devant d’un homme profondément attaché à l’authenticité des lieux et des liens.

Les présentations sont directes et conviviales, Eric Gérard a envie de nous faire découvrir son « refuge » ; il y a juste de la place pour deux ! Il se dégage une atmosphère reposante teintée d’une histoire ancienne…une table de travail, une chaise, des outils manuels, deux énormes « bibles » sur les oiseaux, un petit stock de bois, partout sur les étagères des oiseaux à longs becs, et un poêle à bois, qui fournit une température agréable.

Une galerie d’été dans une Église du XIème siècle

Eric Gérard s’adresse alors à son invité du jour « Avant de vous montrer ce que je fais, je voudrais vous dire que je suis très heureux de vous recevoir, car justement j’ai un projet qui me tient à cœur depuis quelques temps. Votre avis en tant que professionnel du tourisme m’intéresse ! J’ai dans l’idée d’ouvrir une galerie d’exposition cet été, dans l’ancienne église du XIème siècle sur la commune pour réunir une vingtaine d’artisans qui font du bel ouvrage. Le Maire d’ailleurs soutient ma démarche et mettrait l’église à notre disposition gracieusement ! Cela dynamiserait nos activités en période estivale, et permettrait de mieux faire découvrir des sites quelques peu oubliés, et pourtant superbes, aux randonneurs et nombreux touristes qui pourraient allier découvertes culturelles artistiques et historiques ! Si vous avez le temps, en repartant nous pourrons aller voir ? »

La qualité contre le « made in china »

Christophe Gravier accepte puis le questionne sur sa clientèle. « Votre fabrication est du haut de gamme ! Elle est certainement destinée à des personnes très ciblées ?  Il est clair que vous n’êtes pas sur un tourisme de masse ? »  L’occasion était trop belle pour ce maître artisan d’art, passionné par son métier, et qui, à l’évidence, en veut beaucoup au « made in china » qui envahit tout le marché français et concurrence fortement la production qualitative des artisans, qui en portent le nom ! « Même à Sarlat, on devrait privilégier ceux qui fabriquent sur place, et ne pas nous mettre sur le même statut que ceux qui ne font qu’apposer une signature sur une pièce de provenance asiatique ». Le voilà parti dans une diatribe, quelque part justifiée, sur la société de sur consommation… « Les gens achètent majoritairement du bas de gamme, sur une impulsion et jettent l’objet sans état d’âme ! » Il nous fait alors partager un moment d’émotion à l’évocation d’un souvenir d’enfance où l’attente patiente d’une petite voiture tant désirée, qu’il venait admirer tout les samedis matins, s’est transformée en réalité par l’amour et le sacrifice de sa maman qui le lui a achetée en secret, en économisant jour après jour pendant plusieurs mois pour le lui offrir… ! Le prix et le goût des choses, ça passe parfois par là … Une note d’espoir tout de même apparaît quand il rajoute «  ce serait bien de revenir aux objets authentiques, que l’on a plaisir à produire et à offrir, et je crois qu’on va y arriver ! ».

Une clientèle de niche pour les chasseurs et collectionneurs

Puis Eric Gérard va détailler à Christophe Gravier son marché  « Alors pour tout vous dire, ceux qui m’achètent mes oiseaux, sont pour la plupart des chasseurs ou des passionnés comme moi. Car voyez-vous, pour faire réaliser cette bécasse, par exemple, il me faut 30 heures de travail. Alors le prix est en conséquence. Je suis également très sollicité sur internet grâce à mon site qui est bien référencé. J’apparais dans les premiers quand on tape www.lesoiseauxenbois.fr. Et surtout je fais régulièrement un très important Salon en Sologne « Game Fair » sur trois jours. C’est le rendez-vous de la Chasse et de la Nature où je dois absolument être présent ; avec plus de 80 000 visiteurs et 500 exposants, j’y récolte le gros de mes commandes, car les amoureux de mes oiseaux me rappellent ou passent me voir exprès pour me voir travailler. Pour moi c’est une référence et une très belle carte de visite ! »

Et quand Christophe Gravier lui demande comment cela se passe en local, il lui avoue que c’est plus difficile, car le public n’a pas assez d’informations sur le sujet. En revanche, il trouve intéressant d’avoir pu, l’année dernière, grâce à l’Office du Tourisme de Sarlat, et avec l’implication de la Chambre de Métiers, exposer deux oiseaux en vitrine pendant quinze jours, avec d’autres œuvres d’art de confrères. Cela a permis aux touristes de voir de très beaux objets et aussi de les acheter. « Je pense que les artisans d’art et les Offices de Tourisme pourraient conclure un partenariat commercial gagnant-gagnant et valoriseraient ainsi notre beau Périgord auprès d’une clientèle nationale et internationale friande d’oeuvres de qualité ». Depuis plusieurs années il recherche un local assez grand à Sarlat pour créer, avec ses collègues, une galerie d’art. Il est confiant et espère que les élus locaux sauront l’appuyer dans ce futur projet le moment venu.

Mettre de l’humain dans le tout numérique

Christophe Gravier fait à son tour un parallèle avec le Tourisme. Il met l’accent sur l’importance de la digitalisation de l’économie et son attachement à remettre de l’humain dans le numérique. « Nous avons la chance que ce département soit une vraie destination. Nous générons le plus de nuitées étrangères comparées au littoral, qui est notre plus gros concurrent ! Mais même si nous ne pouvons plus nous passer du digital, les gens sont en recherche d’émotions…nous devons leur donner envie de nous découvrir. La vidéo est aujourd’hui le medium incontournable. Nous pouvons mieux leur raconter des histoires de vie et savoir-faire en Périgord. Cela permet de mettre en scène la richesse et la diversité de nos filières, notamment autour de grandes  thématiques pour attirer de plus en plus une clientèle internationale : préhistoire et monde souterrain… châteaux médiévaux et patrimoine architectural… gastronomie et art de vivre terroir…paysages et savoir-faire …. Nous avons la chance d’avoir une vraie marque « Dordogne-Périgord » et nous assurons également la promotion de l’aéroport de Bergerac, porte d’entrée appréciable de l’international. C’est pourquoi il est essentiel d’aller sur le terrain prendre les avis et réalités des personnes qui sont nos relais, pour améliorer nos offres de service »

Tous deux  reconnaissent l’importance de la mise en place d’une stratégie commerciale, qui s’appuie  sur la qualification de l’offre. Il faut se distinguer, bien communiquer, soigner son accueil client et tout faire pour le fidéliser et le faire revenir. L’enjeu de positionnement est de taille aujourd’hui avec la multiplicité des réseaux et informations, chacun dans son métier, et sur son créneau sait qu’il doit rester visible ! Ils pourraient passer des heures à échanger sur ce domaine, on sent bien que c’est le nerf de la guerre !

Un tour de main d’exception

Il reste à Eric Gérard de présenter à son hôte son tour de main et son parcours professionnel. « Pour faire un oiseau, c’est long ; je pars d’une pièce de bois brut, et je sculpte en taille directe, je le « chantourne » puis je ponce, je pyrograve et je peins pour plus de réalisme. Je fais  tout à la main, je préfère, car les outils électriques ne permettent pas de réaliser certaines spécificités que je trouve sur le bois, ou la forme que je veux donner sur un point précis.  Mes oiseaux ont tous la possibilité de tenir sur leurs deux pattes, comme s’ils étaient vivants !  Je réalise essentiellement des pièces uniques, vendues avec leur certificat d’authenticité ». Quand il propose à Christophe Gravier, vêtu de son tablier, de s’asseoir devant l’établi, il lui choisit une grosse chute de noyer, lui fournit un gabarit pour qu’il puisse esquisser, avec un gros feutre vert, la forme d’un oiseau à plat. Le directeur devient apprenti ! Il s’applique, prend son temps et suit les consignes strictes et précises du maître qui l’encourage tout en plaisantant «  voilà ; c’est très bien ! Vous vous débrouillez plutôt bien …bon un peu long… si vous voulez que ce soit rentable, il va falloir aller plus vite ! »

Christophe Gravier « c’est un coup de main à prendre. Je sais d’où l’on part et où l’on va. C’est déjà çà ! » Puis il l’interroge aussi sur la qualité des bois que le sculpteur utilise. La réponse est sans appel « Je travaille tous les bois du territoire le plus souvent et j’ai une préférence pour le noyer et le tilleul. Chaque bois est toutefois intéressant, y compris le hêtre, l’orme ou le châtaigner. Il faut savoir que,  selon s’ils poussent en sol très riche ou peu fertile et sec, les  premiers donnent de larges veinages, les seconds, des veinages serrés comme l’if très utilisé dans le sud est de la France.  C’est pour moi un vrai plaisir de voir les cernes transpirer sous la fine couche de peinture, ça contribue au réalisme final». D’ailleurs son exigence dans le rendu est en partie due à sa passion pour la photo et la lumière naturelle, qui lui permet de voir des détails et coloris qu’il s’empresse de rendre à ses oiseaux. «  Jamais je ne copie, mais je m’en inspire pour les sublimer, comme un peintre qui a devant lui un corps de femme nue ! » nous dit-il. Bécasse, bécassine des marais, pic vert tout est dans la précision et la recherche d’excellence, jusqu’à notre émerveillement en découvrant la boîte à plumes dont il nous conte la tradition avec fierté.

Un parcours professionnel atypique

Quant à son parcours professionnel, il nous raconte avoir eu une autre vie, avant celle de sculpteur d’art autodidacte. « Si j’en suis là, c’est grâce à un vieux monsieur de 92 ans aujourd’hui, Henri Fourdrain, installé en Baie de Somme et qui a répondu à mon appel il y a une dizaine d’années. Je n’ai pas toujours été sculpteur sur bois. J’étais taxidermiste depuis mon apprentissage à 14ans, et je me suis retrouvé un jour pratiquement sur le carreau ! Une réglementation drastique a mis cette profession sur la paille, faute de pouvoir accepter de naturaliser des espèces protégées, même mortes accidentellement.. » Le sujet est encore douloureux, l’incompréhension et l’indifférence à l’égard des professionnels respectueux de la nature et des animaux le révoltent encore. Il rajoute «  On aurait pu trouver des accords, en passant par des constats de vétérinaires attestant d’une mort accidentelle ou naturelle et des registres tenus par la gendarmerie… ». Une page se tourne en silence. . Puis il reprend « Comme j’étais depuis tout gosse, passionné par les oiseaux, je me suis dit que si je ne pouvais plus leur redonner vie, je pourrais en fabriquer. Il me fallait trouver un maître, ce fut Henri ! Il m’a dit «  je te montre comment faire un bec de bécassine, je te le montrerai une seule fois ; si tu piges, tu seras sculpteur, sinon tu feras autre chose ! » Je le remercierai toute ma vie ! Il m’a transmis son savoir-faire ; et moi, un jour, je ferai de même pour aider un ou une jeune passionné(e) de nature et d’oiseaux ! »

L’heure est venue de nous séparer, Christophe Gravier lui demande s’il y a des oiseaux qu’il rêverait de sculpter ? Avec entrain et conviction Eric Gérard lui répond «  les grands rapaces ! Je n’ai pas encore pris le temps d’en faire car ce serait très long et très coûteux, mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! » Puis en lui serrant la main, Christophe Gravier lui fera cette réflexion : « nous faisons un peu le même métier, vous sublimez la matière et nous le Périgord ! »  Et, comme promis, il nous précèdera sur la route pour nous faire découvrir ce site du XIème siècle, objet de toutes ses pensées, qui lui donnera sûrement l’occasion de faire partager sa passion du beau et de la perfection pendant ce nouvel été 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Artisan d’un jour – Benoît Jamet un universitaire en immersion

UN BOUCHER PARISIEN POUR LES COQUILLARDS GOURMANDS

Pour expérimenter l’opération « Artisan d’un jour » dans un métier de l’alimentation, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat en Dordogne a proposé à Benoît Jamet, enseignant chercheur et Directeur de l’Institut Universitaire Technologique de Dordogne d’aller à la rencontre d’un coquillard d’adoption Franck Maxime, boucher de profession.

Un universitaire toujours prêt à une immersion terrain

Sur la route N21, nous avons une heure de trajet pour le questionner sur ses motivations, car il est le seul universitaire en Aquitaine à faire cette immersion pendant la Semaine Nationale de l’Artisanat ! « J’ai immédiatement accepté pour deux raisons majeures. La première c’est que nous avons crée des liens solides depuis très longtemps entre l’IUT et la Chambre de Métiers dans l’agro-alimentaire et sur plusieurs filières de formation avec le tourisme. Faire des passerelles entre nos étudiants, vos apprentis, et les entreprises artisanales pour leur offrir un avenir professionnel sur le territoire est une priorité. Nous avons une convention qui valorise nos offres mutuelles de formation, et notamment pour les « décrocheurs universitaires » afin de leur permettre de se réaliser dans un métier artisanal. La seconde est plus personnelle, je suis heureux de sortir de mon bureau, des réunions, recherches, et cours ! Je ne refuse jamais d’aller visiter une entreprise. La dernière c’était une brasserie artisanale il y a un mois ! »

De Paris à La Coquille un changement radical

Dès notre arrivée, nous sommes aussitôt accueillis par l’artisan, qui nous souhaite la bienvenue dans son magasin, où déjà tout est appétissant et très achalandé ! On pourrait bien se laisser tenter, tout fait envie : là quelques saucisses de canard, ici du boudin aux châtaignes, des paupiettes de veau, des cuisses de dinde entières, du rosbeef… mais revenons à nos moutons !

Benoît Jamet découvre que Franck MAXIME et sa femme Soraya sont les nouveaux repreneurs de la boucherie charcuterie traiteur de la rue de la République, à La Coquille,  depuis seulement janvier 2014. Ils succèdent à Jean-Jacques Coudenne, parti profiter d’une  retraite bien méritée. Cette transmission a pérennisé une activité artisanale indispensable au maintien d’une économie de proximité dans ce dynamique petit centre bourg de près de 1400 habitants, en Périgord Vert qui bénéficie de l’attractivité du Parc Naturel Régional Périgord Limousin. Originaire de la région parisienne, Franck Maxime a fait ce choix géographique pour faire plaisir à son épouse, qui elle, a ses racines dans le village de Dournazac en Haute-Vienne. Ancienne secrétaire notariale, elle l’aide pour l’instant dans la partie gestion, suivi et comptabilité, et assure les livraisons.

Arrêt sur Christophe l’apprenti de 2ème année

Benoît Jamet enfile une veste noire, commandée pour l’occasion,  afin de se mettre dans l’ambiance du métier, et la visite peut commencer. Il avoue avec émotion qu’il a une petite pensée pour ses grands-parents maternels qui étaient charcutiers traiteurs, à Gallardon, près de Chartres, en Eure-et-Loire.

Dans le labo derrière la boutique, nous rencontrons Christophe, l’apprenti de 2ème année. Appliqué, il est en train de désosser une grosse pièce de bœuf pour en faire un faux filet. Benoît Jamet établit rapidement le contact, comme il le ferait avec l’un de ses étudiants. « Tu fais quoi ? T’es obligé de passer sous chaque vertèbre ? Combien de temps ça prend pour finaliser ce morceau ? C’est très physique non ? Et vachement minutieux ? Et qu’est ce que vous faites de tout ce gras enlevé ? Et l’approvisionnement d’où vient-il ?» Christophe, répond à chacune des questions, en jeune professionnel averti, calme et souriant. Il s’amuse même à faire essayer à Benoît Jamet, son tablier de sécurité en maille de fer, pour lui prouver que ce n’est pas aussi lourd qu’il le pense ! Il sait que les déchets sont portés à l’abattoir de Thiviers pour être traités et que la plupart des bêtes viennent du coin ! Christophe, lui, avoue aimer rester derrière à travailler au calme, et ne pas être très à l’aise au magasin. Après son CAP boucher, il fera une mention complémentaire charcuterie-traiteur, toujours au CFA des Métiers à Boulazac.

Son âme d’enseignant ressurgit de nouveau chez Benoît Jamet pour questionner Franck MAXIME, cette fois, sur le management des apprentis « Comment vous y prenez-vous pour les motiver ? » Et le maître d’apprentissage de lui répondre : « Pour Christophe, je le responsabilise. Je lui donne le matin des consignes précises, et il se gère seul. Il aime cette autonomie, et vient me voir quand il a besoin. » Pour Jordan, c’est différent, il est en première année et il a besoin d’être suivi à toutes les étapes de fabrication ou transformation. »

Benoît Jamet « et pour vous ça s’est passé comment ? »  Franck MAXIME « Vous savez, moi j’ai plutôt été mené à la dur, et pourtant ce n’est pas si loin ! » . Benoît Jamet lui demande de quelle manière ça se traduisait et Franck MAXIME de lui répondre : « surtout par rapport aux  horaires, on en faisait beaucoup ! et aussi à la façon de recevoir des ordres ; alors je me suis juré de  ne pas le reproduire avec mes gars. En général, je les teste avant, pendant un stage qu’ils font sur quinze jours, parfois renouvelés ; ainsi on sent vite si ça va aller entre nous ou pas. Et je trouve aussi très bien quand les professeurs du CFA viennent voir ce qui se passe dans l’entreprise. On parle du jeune et on essaye de voir comment le faire progresser. »

Il nous présente ensuite toute l’équipe, même si seul Christophe travaille aujourd’hui, car nous dit-il « le mercredi est une petite journée pour nous ; alors ils sont au repos, y compris Jordan et deux employés Gaétan et Bernard, ce dernier étant dans l’entreprise depuis 26ans ! »

Une approche client bien étudiée

Petite journée, peut être, en tous cas, Franck MAXIME rentre et sort du labo pour aller servir ses clients sans discontinuer, serait-il « victime » de son dynamisme commercial et de son savoir-faire ? Benoit Jamet l’interroge rapidement « et pour trouver des clients comment faites-vous ? » Le patron « Je fais des promos très régulièrement, et je les envoie vers une clientèle située sur 30kms tout autour de La Coquille. Internet nous a permis d’intéresser et de récupérer des jeunes en dehors du bourg ; ça c’est ma femme qui l’a mis en place ! » Dans son offre promotionnelle, nous sommes surpris de trouver dix lots différents de trois à cinq kilos, composés de viandes au choix, à des prix défiant toute concurrence. Un numéro de téléphone nous incite à passer commande avant une date butoir. De plus, il propose chaque jour un plat cuisiné dont ses clients raffolent : brandade de morue, choux farcis, sauté de porc sauce moutarde, choucroute garnie, langue de bœuf sauce piquante… il y en a pour tous les goûts ! Benoît Jamet très surpris de la stratégie commerciale mise en place par l’artisan, le lui fait savoir «  vraiment vous avez très bien construit votre offre de produits, c’est très pro ! »

Un travail à l’ancienne pour une qualité finale

Contrairement à ses pratiques quand il était salarié à Paris, et que l’essentiel du travail était pour les brasseries, toujours en quête de prix les plus bas, Franck MAXIME a fait le choix de miser sur la qualité, et le terroir, puisqu’il peut dorénavant se le permettre. Ses viandes, il les achète, sur pied, en catégorie l, et toujours chez les mêmes éleveurs. « Je travaille à l’ancienne ; je laisse rassir la viande 15 jours au moins pour qu’elle soit plus tendre. Je compte sur le bouche à oreille, c’est un petit village et tout le monde se connaît. Cela ne m’empêche pas de livrer 3 collectivités, parce que j’apprécie leur volonté de bien nourrir leurs administrés, et notamment les enfants et les jeunes ».

Il a développé aussi un rayon traiteur à la commande, ou à emporter. Il peut ainsi mieux s’organiser et satisfaire les demandes, pour des occasions particulières ou les pics d’activité de juillet et août avec les barbecues. Et que dire de la période de fin d’année, et notamment le 23 décembre où il se souvient avoir travaillé de 4 heures à 23 heures pour arriver à fournir tous les desiderata de ses clients ! On est artisan ou on ne l’est pas…

Se diversifier par exigence et pour plaire

En poursuivant la visite des lieux, nous comprenons le fonctionnement du labo/cuisine, du stockage des produits secs ; la chambre froide pour les carcasses, et la salle de sertissage, souvent réservée aux chasseurs qui lui apportent leur gibier. « On leur prépare tout, dit-il, et on met en boite cru, car pour l’instant je n’ai pas la possibilité de cuire. Il me faudrait faire un gros investissement de mise aux normes, et je préfère attendre encore quelques temps, et voir l’évolution de l’entreprise. Il faut savoir être raisonnable quand on a seulement trois ans d’activité. » Il a fait le choix d’être distributeur de produits locaux, de qualité, et de savoir-faire français, pour tous les produits en conserve et pour donner un choix plus large à ses clients.

Nous restons un moment à observer comment se passe la relation avec les clients qui entrent commander. On ressent tout de suite qu’ils se connaissent bien ; ils ont leurs habitudes, et taquinent le patron tout en faisant son éloge ! « tout est bon chez la Maison Maxime » nous dit Pierrette, une habituée qui travaille au PMU. Quant à Gérard, il demande du jambon blanc, du jambon de pays et quatre tranches de faux filet. « je viens ici depuis sept ans, ça a toujours été très bon, et ça continue ! » Voilà c’est dit ! et en prime, chaque client va nous montrer sa carte de fidélité qui lui donnera, une fois remplie, un joli filet de porc ; et ce sans limite de temps !

Toujours côté boutique, Franck Maxime a bénéficié des conseils d’un caviste du groupement RAVIR 24 pour moderniser le coin « cave » mis en place par son prédécesseur, et qui jouxte le magasin. C’est le plus qui plaît surtout aux touristes qui trouvent sur place le bien manger et le bien boire du pays.

Au moment du départ

Avant de repartir, Benoît Jamet lui demande quel est son rythme de travail. « J’arrive à prendre quelques jours de repos, depuis l’arrivée de Gaétan en juin 2016 ; en général je fais 6h/20h avec une coupure de deux heures. Je travaille tous les jours sauf le dimanche après midi. » répond l’artisan. Puis Benoît Jamet de rajouter « J’ai une question que j’ai toujours voulu poser à un boucher, sans avoir jamais oser le faire : est ce que vous aimez tout manger ? » et Franck MAXIME de lui répondre tout de go « non je n’aime pas le foie en général » ! Et Benoît Jamet de poursuivre « vous arrive t’il d’abattre des animaux ? » Alors avec une certaine réserve, un peu comme un aveu Franck Maxime lui répond « non jamais et pour tout vous dire, quand je vais faire ma tournée des fermes, je ne regarde jamais les vaches dans les yeux … »

Sur le chemin du retour, Benoît Jamet nous confie être impressionné par la gentillesse et la détermination de ce parisien venu s’installer en milieu rural pour vivre fièrement avec ses valeurs de qualité et proximité qui le définissent si bien. Il salue également son approche commerciale étudiée à la lettre. « J’ai particulièrement apprécié son sens de l’humain, et notamment quand il nous a parlé de son équipe. Et j’ai aussi appris plein de choses. Il y a des morceaux, je ne savais même pas que ça se mangeait : Flanchet, macreuse à braiser, aiguillette baronne… Je vais devoir étudier ça de plus près et faire de nouvelles recherches gustatives ! »

Pour aller lui rendre visite www.boucherie-maxime.fr
Pour découvrir l’IUT de Périgueux : iut-perigueux.u-bordeaux.fr

 

 

 

 

 

 

Artisan d’un jour – Dorian Kenil entre tradition et innovation

MENUISERIE SALAVERT une identité bois très tendance

La Menuiserie Salavert, est une structure artisanale dont la renommée, en Périgord, a traversé les décennies. Son fondateur Jean-Claude Salavert, a toujours su conjuguer tradition et innovation pour anticiper et répondre à la loi du marché.  La passation à Joseph Deman, au parcours professionnel musclé contribue aussi à son expansion.

C’est Dorian Kenil, Directeur de la Maison de l’Emploi et agent de développement économique du Grand Périgueux,  qui se retrouve cette fois ci invité, pour l’opération «Artisan d’un jour», à partager le vécu et les projets du nouvel homme fort de l’entreprise !

Deux hommes de réseaux

Très vite, le feeling passe entre les deux hommes qui font connaissance autour d’un café, dans un espace entre le « showroom » et l’atelier. Joseph Deman interroge Dorian Kenil « en quoi consiste votre travail de directeur ? » Ce dernier lui répond « l’une de mes principales missions, directement en lien avec ma présence chez vous, est de créer des relations étroites avec les employeurs, le monde économique et son développement, sachant que j’ai aussi un volet RH à gérer par ailleurs. »

Le dialogue se poursuit, sur l’activité économique et sociale ainsi que les récentes restructurations géographiques ;  et Dorian Kenil de rajouter « il y a à prendre en compte cette notion de territoire et de proximité pour pouvoir vraiment proposer des offres de services appropriées et adaptées aux réalités locales ! »

C’est au tour de Joseph Deman de lui expliquer son cursus « alors, moi je suis originaire du Nord,  j’ai fait un Master en management des achats internationaux à Reims, et j’ai été longtemps Directeur des achats et approvisionnements dans de grosses boîtes, en France et à l’étranger. Je n’étais pas beaucoup chez moi ! »

Les échanges vont bon train, car ce sont deux hommes de réseaux. On le ressent dans leur façon d’aborder leur vie professionnelle, et sûrement même leur vie tout court !

Le hasard n’existe pas

« Comment avez-vous atterri en Dordogne et comment avez-vous su qu’il y avait cette menuiserie à vendre ? » lui demande Dorian Kenil.

En fait, j’étais déjà à Périgueux, car j’ai bossé quatre ans et demi aux Robinetteries Hammel. Et comme j’avais dans l’idée de me mettre à mon compte, je suis allé à la Chambre de Métiers lors d’une manifestation régionale de reprise d’entreprises. On m’a fourni trois possibilités de rachat. J’ai assisté à une représentation du « Théâtre à la carte » c’est là que le hasard m’a fait rencontrer Jean-Claude Salavert… et comme le hasard n’existe pas … » !

Il nous explique alors, comment il s’est investi pendant huit mois pour découvrir, et analyser tous les rouages de cette menuiserie, installée en Périgord noir, près de Rouffignac St Cernin, en pleine campagne.

Pendant plus trente cinq ans, son prédécesseur lui a donné des assises fondamentales, tout en rajoutant, à sa fabrication bois traditionnelle, une spécificité d’agencement magasins, notamment pour les pharmacies. Du clé en mains, avec la  coopération de plusieurs artisans locaux, peintre, électricien et menuisier, qui lui a permis de se positionner sur une niche très porteuse. C’était une stratégie très avant-gardiste !

Un virage à 180

C’est alors que Joseph Deman, entre dans le vif du sujet sur le danger, malgré tout, de faire porter la production sur 80% du chiffre sur un seul créneau, celui du marché de la pharmacie, qui commençait à baisser…le tout métal ayant tendance à remplacer le bois ! « Je me suis dit qu’à tous les deux, nous pouvions redresser cette difficulté momentanée ! Jean-Claude sur la partie très technique et moi sur la commercialisation !  Et je lui ai racheté l’entreprise il y a trois ans avec toute l’équipe ».

Il nous parle avec enthousiasme de comment il impulse sa volonté de diversifier l’offre et sa clientèle, pour mieux  vendre le savoir-faire et la qualité de Salavert menuiserie-agencement. « Aujourd’hui, sur le marché, il y a trop de low-cost ! Nous ici, nous avons à défendre une fabrication irréprochable et sur mesure. Tout est clair, précis et détaillé, pour nos clients pas de surprise à la fin du chantier !».

Dorian Kenil, impressionné par la rigueur et l’ardeur des propos, relève que cet aspect qualitatif se remarque, dès l’arrivée dans le hall d’accueil. Les matériaux aux coloris et formes très modernes, donnent tout de suite une idée du style contemporain, du sol au plafond, tout est prétexte à s’extasier, toucher, comparer ! De là où nous sommes, nous voyons l’atelier par les grandes baies vitrées, dont aucun bruit ne ressort. Et devant nous, deux bureaux, celui du patron, et celui de Sylvie, la spécialiste du dessin 3D, le pilier de l’entreprise en matière de PAO.

De la conception à la pose

« Comment vous organisez-vous pour coordonner vos trois métiers, ce ne doit pas être simple au départ ? » demande alors Dorian Kenil. « Effectivement, c’est une question primordiale ! Dès que nous avons une commande à réaliser, » lui répond Sylvie,  « je m’assure que mes propositions soient réalisables par les gars de l’atelier, et parfois je dois modifier ma première création, si techniquement ce n’est pas possible ! ».

Joseph Deman nous propose de voir en direct sur l’ordinateur, comment s’y prend Sylvie. Elle nous fait une démonstration du projet actuel, celui de l’Office du Tourisme du Grand Périgueux, dans l’ancienne poste centrale. Elle nous explique les attentes, les contraintes d’accueil mobile et les liens réguliers avec l’architecte pour finaliser sa présentation. « J’accorde une attention toute particulière aussi à l’ergonomie » rajoute Joseph Deman.  Pendant qu’il nous parle des nombreux clients qui lui ont fait confiance, et qu’il nous raconte les anecdotes sur les 200m² du hall d’exposition de la Grotte de Maxange, entièrement rénovés, du meuble commandé par le Gouffre de Proumeyssac, et qu’il a fallu monter  « in situ », des 100m² des Opticiens des Romains, du magasin « Arts et Fenêtres » à Trélissac, de la pharmacie du Coderc, du  Kaféier de la rue Limogeanne… « Pour Salavert, menuiserie-agencement, c’est une belle image ! » dit-il fièrement.  Il poursuit sur des exemples de réalisation pour des particuliers, car il nous avoue mettre la barre très haut, pour leur fabriquer ce qu’ils ont en tête comme notamment un ilot central en forme de piano à queue, en verre et céramique intégré dans une cuisine, ou un dressing original et fonctionnel dans un espace limité. « Tout est dans le détail ! Je leur procure aussi des grands échantillons, pas de simples nuanciers. Parfois ils ont du mal à se projeter, même avec le visuel sous les yeux. Il faut de la patience, du dialogue, et quoi qu’il en soit, notre basique est déjà beaucoup plus performant que chez la plupart des confrères néanmoins concurrents ! » Et la cerise sur le gâteau, Joseph Deman fait bosser un photographe professionnel pour pouvoir montrer à ses futurs clients le savoir-faire artisanal de son entreprise ! « C’est notre carte de visite. Et où que je sois, je cherche à ramener des commandes intéressantes pour l’équipe ».

Un seul plateau de 750m² tout neuf

Vient alors le moment de passer dans l’atelier de fabrication. Dorian Kenil enfile un superbe bleu de travail. Le voilà prêt à changer d’environnement. Toutefois, pour des raisons de dangerosité des machines qui occupent les 750m² couverts, il ne pourra pas s’essayer à découper une planche ni même à réaliser un collage, par sécurité, et pour ne pas pénaliser économiquement un travail, si jamais il faisait une erreur …. N’est pas menuisier qui veut ! On le comprend bien ! Joseph Deman, présente l’organisation du travail. Les machines sont, pour certaines, équipées d’ordinateurs qui programment les différentes étapes de fabrication. Au fond, des étagères où sont stockés les différents espèces et formats de bois, avant découpe. Un chariot élévateur électrique récemment acheté facilite la manutention. Il joue à fond le jeu d’économie d’énergie. Tout est aux normes, côté protection et aspiration des particules volatiles, jusqu’au recyclage des déchets et chutes… Il aimerait bientôt se procurer un bras manipulateur, mais il doit d’abord éponger les frais liés au déménagement, avant de faire de nouveaux investissements ! Tout est conçu sur un seul plateau pour plus de cohérence et de fonctionnalité.

Il  nous présente dans la foulée son équipe. Tous menuisiers, formés par Jean-Claude Salavert : Vincent, le plus jeune avec 12 ans d’ancienneté, Jean-Paul 27 ans de fidèle présence, et Michel le chef d’atelier qui depuis 23 ans coordonne le travail des gars en accord avec les commandes que Joseph Deman ramène, à présent, à la fabrication. Il y a aussi deux poseurs, et de temps en temps des jeunes en stage, pour leur mettre le pied à l’étrier et leur donner le goût du métier. Il leur a conçu un local social pour la pause déjeuner d’une heure, et leur faire gagner du temps pour pouvoir les libérer plus tôt en fin de journée.

L’humain au cœur de la rencontre

Au moment de prendre congé, il nous sensibilise à sa devise : apporter, autant que possible, une solution globale à ses clients, ce qui l’amène parfois à faire faire le travail par l’un des ses confrères électriciens, plaquistes, peintres, plombiers ou autres corps de métier, rencontré grâce au réseau BNI (Business Network International) à Marsac. « C’est une force ! » conclut-il. S’en suit un moment de détente autour du ballon ovale qui trône fièrement dans le hall d’exposition. Il faut dire que « dans une autre vie », Dorian Kenil s’est distingué comme 2ème ligne au CAP pendant 13 ans, avant d’être entraîneur une année. Du côté de Joseph Deman, c’est l’occasion de parler de son fils qui joue en Fédérale 3 à Evreux. Ils se réjouissent de la prochaine diffusion sur Canal de la Coupe du Monde de rugby féminin. S’il fallait réaffirmer que le sport unit les Hommes… c’est chose faite !

Dorian Kenil nous dira, plus tard, sur le parking, « Je ressens que l’Artisanat est un secteur qui permet des reconversions professionnelles très valorisantes. Certes, sa décision de reprise est liée aussi en partie à son histoire personnelle. Mais nous avons vu un chef d’entreprise extrêmement respectueux des savoir-faire traditionnels et qui apporte une stratégie commerciale et de communication très novatrice et indispensable aujourd’hui. Il s’implique à tous les niveaux de détails et a cette volonté de façonner à son image l’entreprise, en lui donnant un nouveau visage ! »

L’entreprise est située sur un axe routier très en vue, à la sortie de Périgueux, en direction de Cré@vallée, dans les anciens bâtiments des peintures Marcus, entièrement relookés afin d’attirer l’attention des conducteurs. C’était aussi l’occasion de mettre en avant la nouvelle identité visuelle, très design de l’entreprise Salavert.

Tél. 05 53 05 40 27 / www.menuiseriesalavert.fr

 

 

 

 

 

Artisan d’un jour – Pierre Bonneau au coeur d’une savonnerie

 « PASSION SAVON » UNE ETHIQUE DE VIE

Pousser la porte de « Passion Savon », située dans le cadre enchanteur du Moulin de Bourgnac, au cœur du Périgord blanc, peut devenir une indicible expérience sensorielle à rajouter à votre curiosité.

C’est ce qui est arrivé à Pierre Bonneau, figure emblématique du sport périgordin, qui s’est prêté au jeu de « Artisan d’un jour ». Directeur sportif et commercial du Boulazac Basket Dordogne, il a la réputation d’être, tant auprès des joueurs que des partenaires, un interlocuteur ferme mais à l’écoute des besoins, cherchant toujours le juste compromis.

Une production artisanale design et naturelle

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis chaleureusement par Karim Hafsia, associé de cette savonnerie artisanale, qui nous plonge aussitôt dans le bain ! Comment faire autrement ? Le hall est transformé en une boutique design. Sur les présentoirs, autour de nous, tout est couleurs et senteurs. On a soudain envie de toucher, regarder de plus près, comparer, et partager l’effet que produisent sur nous toutes ces réalisations colorées, aux formes modernes et très originales. Toutes les matières premières sont non raffinées, d’origine minérale ou végétale, sans conservateurs, ni détergents, ni produits de synthèse !

Le la est donné : « ici, tout est 100% d’origine naturelle »

Passé ce moment d’immersion éblouissant, nous nous retrouvons dans l’incroyable domaine de la maîtresse des lieux Nia Jenkins Hafsia. A nouveau, une explosion de sensations nous submerge.

A l’image de cette galloise, haute en couleurs, et toute en générosité, son atelier de fabrication se révèle magique ! Tout l’espace est empli de bouteilles teintées pour l’opacité nécessaire aux huiles essentielles ; des noms savants ou connus que l’on découvre sur les étiquettes ; des pots, des fleurs, des épices, des poudres, des colorants, des beures , des huiles… Il y a comme un air d’atelier d’apothicaire ou de caverne d’Ali Baba…Nia explique à Pierre qu’elle a été aromathérapeuthe professionnelle pendant plus de trente ans.

Trois petites notes sur la gamme

Elle va transformer Pierre en alchimiste, dans les règles de l’art ! Il enfile un immaculé tablier blanc et une paire de gants. Le défi lui est lancé : il doit fabriquer un savon fait à la main, par saponification à froid.

Pour qu’un savon soit « magnifiiiique », comme dit si bien quelqu’un de connu dans l’audiovisuel, il faut absolument suivre, à la lettre, la recette que l’on choisit de réaliser. Il faut toujours respecter le principe des trois notes : hautes, cœur et basses, et bien les doser.

Pierre va alors se laisser porter par son instinct, son ressenti. Il devient « un nez » ! Défilent ainsi les senteurs d’huiles essentielles : mandarine, mûre, bergamotte, pamplemousse, baie rouge, géranium, citron, citron vert, peppermint, patchouli, pomme, poire, jasmin, beaume du Pérou, cèdre, cananga… Le choix devient jeu ! Il se décide enfin. Nia l’encourage «  very good » ! « Très bien «  La collaboration franco galloise est scellée, Pierre est Nia passe du français à l’anglais dans la complicité de ce moment d’inventivité. Elle lui explique que son « choix est très sensuel et aphrodisiaque », « C’est tout moi ! » lui répond-t-il, fier de lui ! Mais si les sens sont libres de créer un mélange audacieux, le pesage des quantités appartient au domaine de la précision extrême.

Le geste doit être précis

Le temps semble s’arrêter. Pierre se penche du haut de ses 2m04 sur la table pour mettre dans le récipient une, quatre, huit ou neuf gouttes selon les indications strictes de Nia. La tension est palpable, il n’a pas le droit à faire de l’à peu près ! Puis vient la phase du pesage hyper précis des divers ingrédients sur une petite balance. Pierre transpire, râle, «  it’s not working ! » dit-il «  c’est comme le ketchup ça coule pas ! » Eclats de rire avant la prochaine opération d’adjonction des différents beurres, bio de karité, de coco vierge, et de cacao. Pierre «  I cook », Nia «  non jamais ! Juste laissez fondre le mélange très doucement. Parfait ! » Pierre s’applique ensuite à rajouter de l’huile d’olive bio vierge, de tournesol et de ricin, selon les doses prescrites. Il s’approprie le tour de main de l’artisan et mesure l’entraînement nécessaire pour un résultat total ! Le but est proche, il lui reste à faire le choix des couleurs. Il se décide pour du bleu, du orange et du blanc (BBD oblige !) Il lui faudra s’appuyer sur Nia pour la phase la plus difficile de mélange des acides gras avec le sel à l’aide d’un petit mixeur. « ça peut brûler la peau si on s’éclabousse, mais pas de sodium, pas de savon ! » dit-elle.

Le tour est joué

Trois bols de trois mélanges pour les faire tomber de très haut et délicatement les uns après les autres dans un moule en bois rectangulaire, et le tour est joué ! Pierre finalise sa fabrication d’un savon fait main en décorant à l’aide d’un bâtonnet en bois le mélange qu’il vient de réaliser.

La saponification est en cours mais pas encore terminée. Il faudra attendre le lendemain matin pour qu’il puisse démouler et découper son œuvre, selon son inspiration !

Nia le rassure «  c’est le moment le plus excitant, quand on découvre comment est le savon qu’on a pris soin de réaliser »

Un partage entre gens de passion

Au moment des adieux, Pierre témoigne «  J’ai été ravi de faire cette expérience. Vous m’avez fait découvrir un monde que je ne connaissais pas du tout ! A mon tour, j’aimerais vous faire découvrir le mien, et vous inviter à assister à un match de basket au Palio, quand vous le souhaiterez. »

Sur le chemin du retour, il rajoute «  J’ai passé un bon moment avec eux ; je me suis senti à l’aise, car ce sont des gens passionnés. L’approche entre nous a été très agréable tout en ayant de la rigueur dans le geste ! Je suis tombée sous le charme de Nia, qui m’a permis un retour aux sources, car je n’oublie pas qu’avant d’être basketteur professionnel j’avais opté pour la voie de la terre…comme mon grand-père ! »

Qui est Nina Jenkins Hafsia ?

Aromathérapeuthe professionnelle, depuis 30 ans, maître artisan d’art en savonnerie, la seule en France ! L’organisme international FHT (Federation of Holistic Therapists) revalide chaque année, depuis 27 ans son diplôme international de thérapeuthe du bien être. Elle concoure cette année pour le prix «  Madame Artisanat » en Périgord et fait partie des trois finalistes .Elle s’est fait remarquer par le magazine américain édité par Darryl et Patricia Guessner, qui présente les vingt-six meilleurs savonniers dans le monde « an international gallery of artisan soaps ». Elle exporte dans soixante-dix magasins de part le monde, par palettes ou en petites quantités, essentiellement sur internet !

Dans une vie antérieure elle fut pianiste et chanteuse d’opéra, qualités artistiques qui se retrouvent merveilleusement dans la gamme de produits de soin et de santé dont elle joue à souhait …. Rajouter à cela un combat pour les produits issus d’une agriculture raisonnée, d’une lutte contre la déforestation, d’une volonté de ne pas polluer l’eau, et de combattre l’utilisation à outrance des plastiques, Nia est fait partie des rencontres qui font du bien au cœur.

Elle reçoit du public chaque samedi de 14h30 à 15h30 pour transmettre sa passion. Laissez-vous guider, vous aimerez ce temps partagé !

Tel : 05 53 81 16 92 / www.passion-savon.fr